Saigon, Bienne, Tokyo, Beyrout, Mirei Lehmann est urbaine. Elle aime l'esthétisme
des villes, les paysages métissés et les odeurs de cuisine en plein air. Pique-nique
au bord du Doubs, couscous chez sa copine Aicha, soupe pho dans une échoppe
de Saigon. Son saumon cru, elle le mangera dans un pub à Reykjavik, comme au
cinéma, il faut un plan séquence.
Mirei Lehmann aime la réflexion, les bars clandestins, les films de Cassavettes,
le kitsch et le ringard. Et le salé sous toutes ses formes jusqu’aux larmes.
Chez elle il y aura une collection d'éventails et un assortiment de sirops.
Il y aura aussi un flacon Chanel no 5 et une raquette, reste de sa vie sportive.
Mirei Lehmann photographe promène son appareil photo dans un horrible petit
sac noir sans style, alors qu'elle traque le style partout : dans une zone industrielle
comme dans la cuisine de sa grand-mère. Dans le regard d’une femme musulmane
comme dans les cicatrices d’un torero.
Elle aime se perdre dans les jouissances culturelles, artistiques, sensuelles.
Ses images ne témoignent pas du destin des hommes mais révèlent leur vie intérieure.
Sa photographie montrera avec acuité et sensibilité ce que l'oeil ne peut voir,
car seule l’image permet de fixer l'inquiétante étrangeté d’un moment familier.
Le moderne est toujours en retard Mirei Lehmann est avant tout contemporaine.
La photo est là pour annoncer ce qui va venir et confirmer ce qui s'est passé.
Trajectoire
Mirei Lehmann naît en 1966 à Saigon. Elle passe son enfance dans la région de
Bienne en Suisse.
En 1996, elle réalise son premier travail d'auteur « Vietnam mon double » et
l’expose au Photoforum Pasquart de Bienne. Elle reçoit en 2000 le Prix du canton
de Berne et la Bourse Anderfuhren. L’écrivain J.J Wahli commente ces images:
« l'intuition du calme monte de la poussière et gagne la pupille par les pieds…
»
Dès 1998, elle fait partie des trois fondateurs des Journées Photographiques
de Bienne qui deviennent rapidement un passage obligé pour les inAitiés.
Elle collabore en 2000 au projet « Il est temps d'être différent» et réalise
une série de photographies pour promouvoir la nouvelle image des entreprises
économiques du Seeland.
En 2002, elle est responsable de la réalisation photographique et du choix des
images pour l’Exposition Nationale Suisse Expo.02.
En août 2002, Mirei Lehmann est invitée au Liban par l’ambassade suisse pour
saisir l'identité culturelle et contemporaine des femmes libanaises. Ses diptyques
« Meeting Imra’a » sont exposés au Khan El Franj à Saida et au Palais de l'Unesco
à Beyrouth. « Meeting Imra’a » est publié en octobre2002 : « les diptyques invitent
au voyage ; ils ne sont jamais des équations résolues, des vérités uniques mais
toujours des convocations.. » (cit. Vincent Juillerat, historien de l'art.)
En 2003, la série « Love me or leave me alone » est exposée au Potoforum Pasquart
à Bienne. La critique est unanime : « Mirei Lehmann réussit à démontrer l'ambivalence
émotionnelle de l'enfance à la puberté. Ce va-et-vient entre l'envie d'être
écouté et la peur de ne pas être aimé..» Annelise Zwez, Bieler Tagblatt.
En 2004, Mirei Lehmann poursuit son travail artistique par une série d'image
sur la Suisse étrange et continue, à travers ses juxtapositions, de mettre en
scène sa vision du monde.